Savoir-faire de la minaudière : plumassiers, brodeurs, sertisseurs

Dans ce papier

  • Une minaudière haute couture mobilise en moyenne trois à sept métiers d’art distincts, du plumassier au polisseur
  • Le temps de fabrication d’une pièce sertie main chez Judith Leiber dépasse 300 heures pour les modèles figuratifs en cristaux Swarovski
  • La France compte moins de dix plumassiers professionnels, dont la maison Lemarié, propriété de Chanel depuis 1996
  • Les tarifs d’une minaudière brodée main oscillent entre 2 500 et 45 000 euros selon la complexité du motif et la maison
  • Le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) protège officiellement plusieurs ateliers qui fournissent les grandes maisons en minaudières
  • Le sertissage « neige » d’une minaudière Bulgari peut nécessiter plus de 1 200 pierres posées une à une au microscope binoculaire

Quand on tient une minaudière haute couture entre ses mains, on ne tient pas seulement un accessoire de soirée. On tient le résultat de dizaines, parfois de centaines d’heures de travail manuel, exécuté par des artisans dont les gestes se transmettent d’atelier en atelier depuis le XIXe siècle. Derrière le boîtier laqué d’une Van Cleef & Arpels, le satin brodé d’une Olympia Le-Tan ou les cristaux d’une Judith Leiber, se cachent des métiers d’art que la haute couture parisienne a su préserver quand l’industrie les oubliait. Je suis allée pousser les portes de plusieurs ateliers pour comprendre ce qui justifie qu’un boîtier de 18 centimètres puisse valoir le prix d’une petite voiture.

Les métiers d’art de la minaudière : un panorama

La minaudière, telle que l’a codifiée Van Cleef & Arpels en 1933, est par nature un objet composite. Son boîtier rigide, généralement en métal (laiton, argent, vermeil, or), sert de canevas à une succession d’interventions artisanales qui relèvent chacune d’un corps de métier distinct. Selon la complexité de la pièce, on peut compter jusqu’à sept spécialités mobilisées sur un seul objet.

Les trois métiers fondamentaux sont le plumassier (travail de la plume), le brodeur (broderie d’art sur support rigide ou souple) et le sertisseur (pose de pierres précieuses, semi-précieuses ou cristaux). Autour d’eux gravitent le laqueur, le doreur, le polisseur, le gainier (habillage cuir ou galuchat) et le ferronnier d’art qui conçoit les fermoirs. Chacun de ces artisans travaille selon des techniques codifiées, souvent protégées par le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), décerné par le ministère de l’Économie.

Ce qui distingue une minaudière industrielle d’une pièce haute couture, c’est précisément le nombre de mains qui l’ont touchée. Une minaudière Jimmy Choo en série limitée passe par trois à quatre ateliers spécialisés. Une commande spéciale Chanel Métiers d’Art peut en mobiliser six ou sept, chacun apportant une couche de complexité supplémentaire. C’est cette accumulation de savoir-faire qui explique les écarts de prix considérables que l’on observe sur le marché, de 800 euros pour une entrée de gamme signée à plus de 100 000 euros pour une pièce joaillière unique.

Le plumassier : quand la plume habille le métal

Le plumassier sélectionne chaque plume une à une parmi plus de 300 variétés conservées en stock permanent
Le plumassier sélectionne chaque plume une à une parmi plus de 300 variétés conservées en stock permanent

Le métier de plumassier est l’un des plus rares au monde. La France, qui fut au XIXe siècle la capitale mondiale de la plumasserie grâce aux ateliers du Marais parisien, ne compte aujourd’hui plus qu’une poignée de professionnels. La maison Lemarié, fondée en 1880 et rachetée par Chanel en 1996 dans le cadre de sa politique de sauvegarde des métiers d’art (via la filiale Paraffection), est la référence absolue. C’est dans son atelier de Pantin que naissent les plumes qui ornent certaines des minaudières les plus spectaculaires des défilés Métiers d’Art de la maison.

Le travail du plumassier sur minaudière diffère fondamentalement de la plumasserie pour chapellerie ou costume de scène. Le support est rigide, souvent métallique, et les dimensions sont réduites : un boîtier de 18 × 10 centimètres en moyenne. La plume doit donc être travaillée à une échelle miniature qui exige une précision chirurgicale.

Les étapes du travail sont les suivantes :

  • Le tri : les plumes sont sélectionnées une à une. Pour une minaudière, on privilégie les plumes d’oie, de coq ou d’autruche, parfois teintes dans des bains successifs pour obtenir des dégradés subtils. Chez Lemarié, le stock permanent comprend plus de 300 variétés de plumes.
  • L’apprêt : chaque plume est découpée, frisée au fer chaud ou gauffrée pour obtenir la forme voulue. Le plumassier utilise des outils inchangés depuis le XIXe siècle : fers à friser, ciseaux à brucelles, pinces fines.
  • La pose : les plumes sont collées ou cousues sur le support, parfois sur un intermédiaire textile (organza, tulle) qui sera ensuite marouflé sur le boîtier. Le sens de pose, la superposition des couches et la densité déterminent l’effet final : effet « fourrure », dégradé ombré ou motif figuratif.

Une minaudière entièrement recouverte de plumes demande entre 40 et 120 heures de travail selon la complexité. Chez Chanel, le modèle iconique en plumes de coq teintées présenté lors du défilé Métiers d’Art 2019/20 a nécessité 80 heures de pose. Son prix en boutique avoisinait les 8 500 euros. Sur le marché vintage, une minaudière Chanel plumée en bon état se négocie entre 4 000 et 12 000 euros selon la rareté du modèle.

Le plumassier intervient également dans la restauration. Réparer une minaudière dont les plumes sont abîmées nécessite de retrouver exactement la même variété, la même teinte et le même calibre, un défi que seuls les ateliers disposant d’un stock patrimonial peuvent relever.

Le brodeur : fils d’or, cannetilles et paillettes sur boîtier

La broderie d’art appliquée à la minaudière est une spécialité que l’on doit en grande partie à la maison Lesage, fondée en 1924 et également intégrée à Paraffection (Chanel) depuis 2002. L’atelier Lesage, installé rue de la Grange-Batelière à Paris, conserve un fonds de plus de 75 000 échantillons de broderie qui sert de bibliothèque vivante aux créateurs.

Broder sur une minaudière n’a rien à voir avec broder sur un tissu plan. Le brodeur doit composer avec la rigidité du support, les courbes éventuelles du boîtier et l’épaisseur limitée disponible sous le couvercle. Les techniques les plus courantes sur minaudière sont :

  • La broderie Lunéville : réalisée au crochet de Lunéville (du nom de la ville lorraine où cette technique est née au XVIIIe siècle), elle permet de poser perles, paillettes et tubes de verre (cannetilles) à grande vitesse tout en conservant une régularité parfaite. C’est la technique privilégiée par Olympia Le-Tan pour ses célèbres minaudières-livres, dont chaque exemplaire nécessite entre 50 et 200 heures de broderie.
  • La broderie à l’aiguille : plus lente, elle permet des effets de relief impossibles au crochet. Le brodeur travaille en « point de Beauvais » ou en « point lancé » pour créer des motifs floraux, animaliers ou géométriques. Chaque point est positionné au dixième de millimètre près.
  • La broderie or : technique ancestrale utilisant des fils de métal précieux (or, argent, vermeil) combinés à des cannetilles (petits ressorts métalliques découpés) et des jaseron (fils torsadés). C’est la broderie la plus coûteuse, réservée aux commandes spéciales. Un décor en broderie or sur minaudière peut ajouter 3 000 à 15 000 euros au prix de la pièce.

La maison Dior fait régulièrement appel à la broderie pour ses minaudières de défilé. La collection Cruise 2024 présentait un modèle en satin ivoire brodé de perles nacrées et de cristaux, estimé à 6 800 euros. Chez Roger Vivier, la broderie intervient souvent sur les pochettes-boîtes de la ligne « Très Vivier », avec des prix compris entre 2 500 et 5 500 euros selon la densité du motif.

Ce qui rend la broderie sur minaudière particulièrement exigeante, c’est l’impossibilité de masquer la moindre irrégularité. Sur un vêtement, le tombé du tissu et le mouvement du corps atténuent les défauts. Sur un boîtier rigide, tenu à hauteur de buste sous un éclairage de soirée, chaque point est visible. Les brodeuses (car ce métier reste très majoritairement féminin, à plus de 90 % selon les chiffres de l’atelier Lesage) travaillent sous loupe binoculaire pour les motifs les plus fins.

La broderie Lunéville au crochet permet de poser perles et cannetilles à une cadence régulière sur le boîtier rigide
La broderie Lunéville au crochet permet de poser perles et cannetilles à une cadence régulière sur le boîtier rigide

Le sertisseur : pierres précieuses et cristaux sur minaudière

Le sertissage est sans doute le métier d’art qui contribue le plus à la valeur finale d’une minaudière. C’est aussi celui qui marque la frontière entre l’accessoire de mode et l’objet de joaillerie. Quand Bulgari présente une minaudière de sa collection « Serpenti » sertie de diamants, on quitte le territoire de la maroquinerie pour entrer dans celui de la haute joaillerie, avec des prix qui franchissent allègrement la barre des 50 000 euros.

Le sertisseur travaille à la loupe (grossissement ×10 minimum) ou au microscope binoculaire. Son outillage, composé d’échoppes, de brunissoirs et de burins, n’a pratiquement pas changé depuis le XVIIIe siècle. Les principales techniques de sertissage appliquées aux minaudières sont :

  • Le serti griffe : la pierre est maintenue par de petites griffes métalliques (généralement quatre ou six). C’est le serti le plus visible et le plus classique. On le retrouve sur les minaudières Bulgari Serpenti et certains modèles Hermès.
  • Le serti clos (ou serti à bâte) : la pierre est entourée d’une fine bande de métal qui la maintient sur tout son pourtour. Plus discret, il est privilégié par Van Cleef & Arpels pour ses minaudières Alhambra.
  • Le serti neige (ou serti aléatoire) : les pierres de tailles différentes sont posées de manière apparemment aléatoire, comme des flocons de neige, pour couvrir intégralement la surface. C’est la technique la plus longue : une minaudière en serti neige chez Bulgari peut nécessiter le positionnement de plus de 1 200 pierres, chacune ajustée individuellement dans son logement creusé au burin.
  • Le serti pavé : les pierres sont posées bord à bord, maintenues par de minuscules grains de métal relevés entre elles. C’est la technique utilisée par Judith Leiber pour ses minaudières figuratives (animaux, fruits, objets) recouvertes de cristaux Swarovski. Chaque modèle Judith Leiber nécessite entre 5 000 et 10 000 cristaux posés à la main.

Le cas Judith Leiber mérite un développement. Cette maison américano-hongroise, fondée en 1963 par Judith Leiber (née Judith Pető à Budapest en 1921, formée à la guilde des maroquiniers hongrois), a fait du sertissage de cristaux sa signature absolue. Chaque minaudière figurative est sculptée en métal, puis entièrement recouverte de cristaux collés un à un avec une colle époxy spéciale. Le temps de pose varie de 100 heures pour un modèle simple à plus de 300 heures pour les pièces les plus complexes (le célèbre modèle « Sphinx » en est un exemple). Les prix s’échelonnent de 5 000 à 7 500 dollars pour les modèles courants, et peuvent atteindre 15 000 à 25 000 dollars pour les pièces rares ou discontinuées sur le marché de la seconde main.

Laqueur, doreur, polisseur : les métiers complémentaires

Au-delà du trio plumassier-brodeur-sertisseur, la fabrication d’une minaudière mobilise d’autres artisans dont le travail, moins spectaculaire, est tout aussi déterminant pour la qualité finale de l’objet.

Le laqueur applique les couches de laque (traditionnellement à base d’urushi, la sève de l’arbre à laque japonais, ou de résines synthétiques de haute qualité) qui donnent à certaines minaudières leur aspect miroir caractéristique. Chez Saint Laurent, les minaudières laquées de la ligne historique passent par huit à douze couches de laque, chacune poncée à la main entre deux applications. Le processus complet prend entre trois et cinq semaines, car chaque couche doit sécher parfaitement avant l’application suivante. La minaudière Saint Laurent en laque noire est un classique qui illustre parfaitement ce savoir-faire.

Le doreur travaille à la feuille d’or (épaisseur : environ 0,1 micromètre) ou au bain galvanique pour les dorures plus résistantes. La dorure à la feuille, plus artisanale, donne un rendu plus chaud et plus profond que la galvanoplastie. Certaines maisons, comme Hermès, proposent des finitions en or palladié ou en or rose qui nécessitent des alliages spécifiques.

Le polisseur intervient sur les parties métalliques apparentes. Son travail se fait en plusieurs passes : ébavurage, ponçage progressif (du grain 400 au grain 2000), puis polissage au feutre chargé de pâte à polir. Un polissage miroir de qualité joaillière prend entre quatre et huit heures pour une seule minaudière. C’est ce polissage qui donne aux boîtiers en argent ou en vermeil leur éclat caractéristique.

Le gainier habille le boîtier de cuir, de galuchat (peau de raie), de python ou d’autruche. Le gain doit être posé sans la moindre bulle d’air ni le moindre pli, ce qui exige une maîtrise parfaite du collage et de la tension du cuir. Chez Hermès, le gainage d’une minaudière en lézard exotique est réalisé par les mêmes artisans qui travaillent sur les sacs Kelly et Birkin, avec le même niveau d’exigence : zéro défaut visible.

Les maisons et leurs savoir-faire signature

Chaque grande maison a développé, au fil des décennies, une spécialité artisanale qui constitue sa signature sur minaudière. Ce tableau résume les associations les plus marquantes :

Maison Savoir-faire signature Technique principale Fourchette prix Temps de fabrication moyen
Chanel (Lemarié, Lesage) Plumasserie et broderie Métiers d’Art Crochet de Lunéville, plumes teintées 5 000 – 12 000 € 60 à 150 heures
Van Cleef & Arpels Laque et sertissage joaillier Serti clos, laque japonaise 8 000 – 120 000 € 100 à 400 heures
Judith Leiber Sertissage cristaux figuratif Serti pavé de cristaux Swarovski 4 500 – 25 000 € 100 à 300 heures
Bulgari Sertissage haute joaillerie Serti neige, serti griffe diamants 3 500 – 80 000 €+ 80 à 350 heures
Olympia Le-Tan Broderie narrative Broderie aiguille et Lunéville sur toile 1 500 – 4 500 € 50 à 200 heures
Hermès Gainage cuirs exotiques Gainerie main, fermoir palladié 6 000 – 35 000 € 40 à 100 heures
Roger Vivier Broderie et boucle ornementale Broderie perles, boucle « Fleur Strass » 2 500 – 5 500 € 30 à 80 heures
Saint Laurent Laquage haute brillance Laque multicouche, dorure 1 900 – 4 500 € 20 à 50 heures

Ce tableau met en lumière une corrélation directe entre le temps de fabrication et le prix final. Quand Van Cleef & Arpels annonce 400 heures de travail pour une minaudière de haute joaillerie, ce chiffre inclut la conception du motif, la sélection des pierres, le sertissage proprement dit et les finitions. À un taux horaire d’artisan joaillier parisien (entre 80 et 150 euros de l’heure, charges comprises), le seul coût de main-d’œuvre peut dépasser 40 000 euros, avant même de compter les matériaux.

Il faut noter que Chanel occupe une position unique dans cet écosystème. En rachetant progressivement les ateliers Lemarié (plumasserie), Lesage (broderie), Desrues (bijouterie fantaisie et boutons), Massaro (bottier) et Goossens (orfèvrerie), la maison a constitué sous la holding Paraffection le plus vaste ensemble d’ateliers de métiers d’art au service de la mode. Ces ateliers travaillent pour Chanel mais aussi, fait moins connu, pour d’autres maisons de couture, préservant ainsi un tissu artisanal qui aurait probablement disparu sans cette intervention. Le Palais Galliera conserve plusieurs exemples de cette production dans ses collections permanentes.

Préservation et transmission de ces métiers rares

Laque, plumasserie, sertissage cristaux : trois savoir-faire distincts pour trois visions de la minaudière d'exception
Laque, plumasserie, sertissage cristaux : trois savoir-faire distincts pour trois visions de la minaudière d’exception

La question de la transmission est centrale. Ces métiers d’art ne s’apprennent pas dans les écoles classiques de mode ou de design. La formation se fait essentiellement par compagnonnage, au sein des ateliers eux-mêmes, sur des durées longues : il faut compter trois à cinq ans pour former un brodeur capable de travailler sur des pièces de haute couture, et sept à dix ans pour un sertisseur joaillier autonome.

Plusieurs dispositifs contribuent à la préservation de ces savoir-faire :

  • Le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant), créé en 2005 par le ministère de l’Économie, distingue les entreprises françaises détentrices d’un savoir-faire rare. Lemarié, Lesage et plusieurs ateliers de sertissage parisiens en sont titulaires.
  • Les défilés Métiers d’Art de Chanel, organisés chaque année en décembre, mettent en lumière le travail de ces ateliers devant un public international de journalistes et d’acheteurs. C’est lors de ces défilés que les minaudières les plus ambitieuses sont présentées.
  • L’École des Arts Joailliers, soutenue par Van Cleef & Arpels et installée place Vendôme à Paris, propose des cours d’initiation au sertissage ouverts au public. Sans former des professionnels, elle contribue à faire connaître ces métiers.
  • Le Musée des Arts décoratifs de Paris et le Palais Galliera conservent et exposent régulièrement des minaudières historiques qui témoignent de l’évolution de ces techniques.

La situation reste néanmoins fragile. Selon les chiffres de l’Institut National des Métiers d’Art, la France comptait en 2023 environ 60 000 professionnels des métiers d’art toutes spécialités confondues, mais les plumassiers se comptent sur les doigts de deux mains et les brodeurs d’art spécialisés haute couture ne dépassent pas quelques centaines. La concurrence des ateliers indiens (notamment à Mumbai et à Calcutta, où la broderie au crochet de Lunéville a été exportée dès les années 1960) pèse sur les tarifs, même si la qualité de finition des ateliers parisiens reste inégalée pour les pièces les plus exigeantes.

Pour les collectionneurs, cette rareté artisanale a une conséquence directe sur la valeur des pièces. Une minaudière vintage identifiable comme le travail d’un atelier spécifique (grâce aux poinçons, aux numéros de série ou aux caractéristiques techniques propres à chaque maison) se négocie avec une prime significative par rapport à une pièce de provenance indéterminée. Sur le marché de l’investissement, les pièces documentées comme « faites main dans les ateliers Lesage » ou « serties par l’atelier interne Van Cleef » peuvent voir leur cote augmenter de 15 à 30 % par rapport à des modèles équivalents sans cette traçabilité.

Ce que le savoir-faire coûte : comprendre les prix

Le prix d’une minaudière haute couture se décompose en trois postes principaux : les matériaux (métal, pierres, plumes, fils, cuir), la main-d’œuvre artisanale et la marge de la maison (qui inclut le design, la distribution et la communication). La part de la main-d’œuvre varie considérablement selon le type de savoir-faire mobilisé.

Pour une minaudière brodée Olympia Le-Tan vendue 2 800 euros en boutique, on peut estimer la répartition suivante : environ 400 à 600 euros de matériaux (toile, fils, perles, métal du fermoir), 800 à 1 200 euros de main-d’œuvre broderie (calculés sur la base de 80 à 120 heures de travail à un tarif atelier), et le reste en marge, design et distribution. La main-d’œuvre représente ainsi entre 30 et 45 % du prix final.

Pour une minaudière sertie Bulgari en pierres précieuses, la part des matériaux peut devenir prépondérante : un seul carat de diamant de qualité VVS coûte entre 8 000 et 15 000 euros au cours actuel, et une minaudière haute joaillerie peut en porter plusieurs dizaines. Dans ce cas, la main-d’œuvre ne représente plus que 10 à 20 % du prix final, même si le nombre d’heures de travail est considérable.

Cette structure de coûts explique pourquoi les écarts de prix entre maisons peuvent être aussi importants pour des objets visuellement similaires. Une minaudière laquée Saint Laurent à 2 200 euros et une minaudière laquée Van Cleef & Arpels à 12 000 euros peuvent sembler proches en vitrine, mais la seconde aura reçu un laquage urushi traditionnel japonais en 15 couches (contre 8 couches de laque synthétique pour la première), un polissage joaillier et un fermoir en or. Le diable, comme toujours dans le luxe, se cache dans les détails que l’œil non averti ne perçoit pas immédiatement.

Pour choisir entre un sac de soirée classique et une minaudière artisanale, il faut donc aussi considérer ce que l’on achète réellement : non pas un simple contenant pour ses essentiels de soirée, mais un objet d’art miniature, fruit de la collaboration de plusieurs artisans dont certains exercent des métiers vieux de plusieurs siècles. C’est cette dimension patrimoniale qui fait de la minaudière haute couture un investissement à part entière, au même titre qu’une pièce de joaillerie ou une œuvre d’art appliqué.

À retenir

  • Exigez la traçabilité atelier : une minaudière dont le travail de broderie ou de sertissage est documenté (certificat, poinçon, numéro de série) vaut 15 à 30 % de plus à la revente
  • Les minaudières Judith Leiber figuratives nécessitent 5 000 à 10 000 cristaux posés à la main ; les modèles discontinués sont les plus recherchés des collectionneurs
  • Le serti neige et la broderie or sont les deux techniques les plus coûteuses : comptez respectivement 200 à 350 heures et 3 000 à 15 000 euros de surcoût
  • Pour évaluer la qualité artisanale d’une minaudière, examinez les jointures du boîtier, la régularité du sertissage et l’alignement des motifs brodés aux charnières
  • La maison Chanel, via Paraffection, détient les principaux ateliers français de plumasserie et broderie : c’est le plus grand conservatoire de métiers d’art appliqués à la mode au monde

Questions fréquentes


Quels sont les principaux métiers d’art impliqués dans la fabrication d’une minaudière haute couture ?

Les trois métiers fondamentaux sont le plumassier (travail de la plume), le brodeur d’art (broderie Lunéville, broderie or, broderie à l’aiguille) et le sertisseur (pose de pierres précieuses ou de cristaux). S’y ajoutent le laqueur, le doreur, le polisseur et le gainier. Une minaudière complexe peut mobiliser jusqu’à sept spécialités artisanales distinctes.


Combien d’heures faut-il pour fabriquer une minaudière artisanale ?

Le temps de fabrication varie considérablement selon la technique employée. Une minaudière laquée Saint Laurent demande 20 à 50 heures de travail. Une minaudière brodée Olympia Le-Tan nécessite 50 à 200 heures. Une pièce sertie Judith Leiber en cristaux peut atteindre 300 heures, et une minaudière de haute joaillerie Van Cleef & Arpels jusqu’à 400 heures.


Pourquoi les minaudières haute couture coûtent-elles aussi cher ?

Le prix reflète trois composantes : les matériaux (métal précieux, pierres, plumes rares, cuirs exotiques), la main-d’œuvre artisanale hautement qualifiée (30 à 45 % du prix pour une pièce brodée, 10 à 20 % pour une pièce en pierres précieuses où le coût des matériaux domine) et la marge de la maison incluant le design et la distribution. Un taux horaire d’artisan joaillier parisien se situe entre 80 et 150 euros charges comprises.


Comment reconnaître une minaudière fabriquée à la main ?

Plusieurs indices permettent d’identifier un travail artisanal : les micro-variations dans le sertissage (un serti machine est parfaitement régulier, un serti main présente d’infimes différences d’un point à l’autre), la qualité des finitions intérieures (doublure en soie ou en daim, fermoir ajusté sans jeu), la présence de poinçons ou de numéros de série gravés à la main, et l’alignement parfait des motifs au niveau des charnières et des jointures du boîtier.


Quels ateliers français fabriquent encore des minaudières artisanales ?

Les principaux ateliers sont ceux regroupés sous la holding Paraffection de Chanel : Lemarié (plumasserie, fondé en 1880), Lesage (broderie, fondé en 1924), Desrues (ornements métalliques) et Goossens (orfèvrerie). En dehors de ce groupe, plusieurs ateliers indépendants de sertissage travaillent place Vendôme pour Van Cleef & Arpels et Bulgari. La maison Katherine Pradeau, à Tulle, fabrique des minaudières artisanales en empruntant le savoir-faire des accordéoniers.


La minaudière est-elle un bon investissement grâce à son savoir-faire artisanal ?

Les minaudières documentées comme étant le fruit d’un savoir-faire artisanal spécifique (broderie Lesage, sertissage atelier Van Cleef, plumes Lemarié) bénéficient d’une prime de 15 à 30 % sur le marché de la revente par rapport à des modèles de provenance indéterminée. Les pièces Judith Leiber discontinuées et les minaudières Chanel Métiers d’Art en édition limitée sont particulièrement recherchées des collectionneurs.


Clémentine Aubry

Clémentine Aubry est journaliste mode spécialisée dans les accessoires de soirée. Pendant dix ans, elle a couvert les collections de la Fashion Week parisienne pour Madame Figaro Accessoires, L'Officiel et Numéro, avec un goût particulier pour l'univers de la minaudière. Depuis son atelier parisien près de Saint-Germain-des-Prés, elle reçoit créateurs indépendants, maisons historiques et artisans brodeurs pour raconter ce que les étiquettes ne disent pas : la main, la matière, l'heure passée à sertir une pierre ou coudre une bordure.